Chapitre 4 : errance
16 juillet-17 juillet 1998
Après ce désaveu qui l'avait plongé dans les pires tourments, parce qu'il venait de perdre sa famille, Owen Mindson était dans un état pathétique. A vrai dire il se foutait de tout. D'ailleurs avait-il encore une bonne raison de vivre ? Il avait perdu l'amour des siens et dès cet instant son existence n'avait plus aucun sens. Il avait passé tant de siècles à leurs côtés. Il avait partagé tant d'expériences avec eux. Il avait vécu chaque jour en leur compagnie depuis 1701. Jamais il n'avait imaginé que ceci aurait une fin. Jamais. Tout ça par la faute de ces humains dont il avait jadis fait partie et qui lui offrait dorénavant la « joie » de perdre les siens. Ces satanés humains qu'il avait tant martyrisés. Ces humains dont il aimait particulièrement la chaire. Pourtant il était et demeurerait pour l'éternité un loup. Il ne pouvait oublier sa véritable identité. Dans son sang coulait une malédiction plus vieille que le monde lui-même et quoi que Narwick en dise, Mindson prenait l'apparence d'un lycanthrope quand bon lui chantait. Il n'avait rien d'humain. Il était un loup bon sang ! Un loup ! Et sa famille ne pouvait pas le renier de la sorte. Ils n'en avaient pas le droit ! Il devait aller voir Crystal, lui expliquer ce qu'il avait subit, lui raconter le calvaire qu'il avait enduré. Il était assuré que celle qu'il vénérait par-dessus tout comprendrait et accepterait son retour au bercail. Oui, il devait lui parler. Mais par où se diriger ? Où la retrouver ? Narwick avait parlé de Scopar. C'était sans doute là qu'il devait se rendre.
Lui et Cartridge roulèrent donc longuement, de nuit afin d'éviter tout contrôle d'identité. Et lorsqu'ils parvinrent dans la capitale, il dut hélas admettre que sa meute n'était plus là. Il eut beau arpenter tous les quartiers, humer l'air, se concentrer, rien n'y fit. Il n'y avait manifestement aucune trace d'un quelconque loup-garou dans cette cité. Cela pouvait paraître incroyable, mais on aurait dit que tous avaient déserté la contrée. Que se tramait-il donc en ces lieux ? Que craignaient les lycanthropes ? En réalité il y avait des raison bien différentes pour expliquer une telle désertion, mais la principale était assurément que l'armée quadrillait la mégapole jour et nuit, aidée en cela par la police et les agents gouvernementaux afin d'assurer la meilleure des sécurités à tous les citoyens de Scopar. Craignant par-dessus tout ces nouveaux ennemis, Samuel Fischer avait ordonné à ses troupes de se mettre sur le pied de guerre. Il était impératif que la capitale soit à l'abri de toute attaque. Par la suite il étendrait ce régime aux autres villes du pays, le temps bien évidemment que ses hommes s'organisent en vue d'un tel déploiement de force. Quand tout serait en place, il passerait à l'action et donnerait l'ordre de lancer une vaste chasse visant à éliminer un maximum de ces créatures maléfiques. Toutefois son plan présentait une faille de taille : il était loin d'imaginer que son plus dangereux adversaire se trouvait à l'heure actuelle en ses murs. Et que les meutes s'étaient rassemblées en divers endroits du pays afin de fourbir leurs armes. La confrontation semblait inévitable. Elle serait toutefois précédée d'une longue phase de calme qui ne serait pas sans rappeler la « Drôle de guerre » de 1940.
Pendant ce temps, le 16 juillet, quelques heures avant que Mindson ne parvienne à Scopar, Narwick et ses quatre compères se trouvaient devant le grillage du manoir où résidait pour l'instant Crystal. Ils étaient parvenus plus rapidement à destination, malgré le fait que leur véhicule soit nettement moins performant que celui de leur nouveau frère ennemi, tout simplement parce que Guerrero connaissait les chemins à emprunter pour arriver dans la capitale sans se faire repérer. A croire qu'il possédait un sixième sens. Pourtant le cubain ne faisait pas là preuve d'extra lucidité : il était habitué à fuir les autorités et avait accompli passablement de coups fumeux à Scopar et ses environs, dont notamment des transports de drogue ou d'arme. Parce que le loup était le meilleur spécialiste des missions délicates que lui confiait toujours Crystal lorsque la meute avait besoin d'argent rapidement. Elle savait qu'elle pouvait compter sur ce formidable ancien baron de la drogue. Formé à l'école cubaine, Guerrero avait sévi dans les années soixante sur l'île. Et si Crystal l'avait choisit pour qu'il devienne son « fils », c'était parce qu'elle avait été bluffée par son culot, sa force et son intelligence quand il s'agissait d'effectuer un mauvais coup. D'autant que l'homme était également un combattant émérite puisqu'il était aussi militaire.
Quand les quatre loups parvinrent donc devant le grillage de la propriété, ils comprirent immédiatement que quelque chose clochait. Parce que de nombreuses voitures de police étaient stationnées devant le bâtiment principal. Manifestement il se passait quelque chose d'anormal. En vérité, si les gendarmes se trouvaient actuellement dans le manoir, ce n'était que pour une raison bien naturelle : un proche s'était inquiété du long silence de la top model qui résidait en ces lieux. Cela faisait tout de même quatre longs mois que Kate Pic n'avait plus donné de nouvelle. Tout le monde savait qu'elle s'était retirée des podiums et qu'elle souffrait de graves problèmes psychologiques à force de fréquenter un milieu où la cocaïne circulait aussi aisément que l'argent. L'ami en question était un de ses anciens amants qui, en mal de conquêtes, s'était subitement remémoré les doux instants passés en sa compagnie. Du moins ils n'avaient de doux que l'appellation, puisqu'en fervente adepte du sado-masochisme, cette chère Kate avait davantage fait passer des moments douloureux à son esclave préféré. Mais comme il se trouvait que ce dernier était également un adepte de ce genre de plaisir violent, il était normal qu'il ait particulièrement apprécié les bons soins de sa partenaire.
Un policier était donc venu frapper à la porte de la top-model et face à son silence il avait pénétré dans la maison. Ce qu'il avait découvert dans la chambre l'avait marqué à vie. Et il n'était pas prêt de manger avant longtemps. Parce que le beignet qu'il avait avalé à midi serait assurément sa dernière pitance, pitance qu'il avait d'ailleurs rendue au moment où il passait le pas de la porte. Parce que la femme n'était plus qu'un corps en décomposition dévoré par les vers...
Narwick comprit immédiatement qu'il était dangereux de rester là et encore plus risqué de pénétrer dans la bâtisse afin de trouver un indice susceptible de le mettre sur la piste de la meute qui avait visiblement déménagé pour une destination inconnue. Peu importait pour le moment la raison de ce soudain départ, seul comptait le fait qu'il fallait au plus vite se remettre en route. L'ex-bibliothécaire pensait bien que Crystal n'aurait jamais quitté son repaire sans lui laisser une piste afin qu'il la retrouve ailleurs : elle avait bien trop besoin de ce qu'il était censé lui amener, à savoir Debra et ce qu'elle portait en elle. Peut-être même qu'elle avait prévu un messager pour lui, mais avec la présence policière et militaire il était impossible pour cet éventuel loup de demeurer suffisamment prêt du manoir afin d'intercepter l'expédition de Narwick. D'ailleurs Fred n'avait flairé aucun lycanthrope dans les vingt kilomètres à la ronde. Et d'habitude son flaire ne le trompait pas. Du moins pas avant l'incendie comme nous l'avons déjà dit.
Alors où aller ? Quelle nouvelle direction choisir ? Admettant qu'il fallait réfléchir avant de partir n'importe où, Narwick ordonna à Guerrero de sortir de la ville et de s'arrêter au premier motel qui se présenterait à eux. Peu importait les autorités, ils ne craignaient personne. Parce qu'ils étaient encore les plus puissants des prédateurs.
16 juillet-17 juillet 1998
Après ce désaveu qui l'avait plongé dans les pires tourments, parce qu'il venait de perdre sa famille, Owen Mindson était dans un état pathétique. A vrai dire il se foutait de tout. D'ailleurs avait-il encore une bonne raison de vivre ? Il avait perdu l'amour des siens et dès cet instant son existence n'avait plus aucun sens. Il avait passé tant de siècles à leurs côtés. Il avait partagé tant d'expériences avec eux. Il avait vécu chaque jour en leur compagnie depuis 1701. Jamais il n'avait imaginé que ceci aurait une fin. Jamais. Tout ça par la faute de ces humains dont il avait jadis fait partie et qui lui offrait dorénavant la « joie » de perdre les siens. Ces satanés humains qu'il avait tant martyrisés. Ces humains dont il aimait particulièrement la chaire. Pourtant il était et demeurerait pour l'éternité un loup. Il ne pouvait oublier sa véritable identité. Dans son sang coulait une malédiction plus vieille que le monde lui-même et quoi que Narwick en dise, Mindson prenait l'apparence d'un lycanthrope quand bon lui chantait. Il n'avait rien d'humain. Il était un loup bon sang ! Un loup ! Et sa famille ne pouvait pas le renier de la sorte. Ils n'en avaient pas le droit ! Il devait aller voir Crystal, lui expliquer ce qu'il avait subit, lui raconter le calvaire qu'il avait enduré. Il était assuré que celle qu'il vénérait par-dessus tout comprendrait et accepterait son retour au bercail. Oui, il devait lui parler. Mais par où se diriger ? Où la retrouver ? Narwick avait parlé de Scopar. C'était sans doute là qu'il devait se rendre.
Lui et Cartridge roulèrent donc longuement, de nuit afin d'éviter tout contrôle d'identité. Et lorsqu'ils parvinrent dans la capitale, il dut hélas admettre que sa meute n'était plus là. Il eut beau arpenter tous les quartiers, humer l'air, se concentrer, rien n'y fit. Il n'y avait manifestement aucune trace d'un quelconque loup-garou dans cette cité. Cela pouvait paraître incroyable, mais on aurait dit que tous avaient déserté la contrée. Que se tramait-il donc en ces lieux ? Que craignaient les lycanthropes ? En réalité il y avait des raison bien différentes pour expliquer une telle désertion, mais la principale était assurément que l'armée quadrillait la mégapole jour et nuit, aidée en cela par la police et les agents gouvernementaux afin d'assurer la meilleure des sécurités à tous les citoyens de Scopar. Craignant par-dessus tout ces nouveaux ennemis, Samuel Fischer avait ordonné à ses troupes de se mettre sur le pied de guerre. Il était impératif que la capitale soit à l'abri de toute attaque. Par la suite il étendrait ce régime aux autres villes du pays, le temps bien évidemment que ses hommes s'organisent en vue d'un tel déploiement de force. Quand tout serait en place, il passerait à l'action et donnerait l'ordre de lancer une vaste chasse visant à éliminer un maximum de ces créatures maléfiques. Toutefois son plan présentait une faille de taille : il était loin d'imaginer que son plus dangereux adversaire se trouvait à l'heure actuelle en ses murs. Et que les meutes s'étaient rassemblées en divers endroits du pays afin de fourbir leurs armes. La confrontation semblait inévitable. Elle serait toutefois précédée d'une longue phase de calme qui ne serait pas sans rappeler la « Drôle de guerre » de 1940.
Pendant ce temps, le 16 juillet, quelques heures avant que Mindson ne parvienne à Scopar, Narwick et ses quatre compères se trouvaient devant le grillage du manoir où résidait pour l'instant Crystal. Ils étaient parvenus plus rapidement à destination, malgré le fait que leur véhicule soit nettement moins performant que celui de leur nouveau frère ennemi, tout simplement parce que Guerrero connaissait les chemins à emprunter pour arriver dans la capitale sans se faire repérer. A croire qu'il possédait un sixième sens. Pourtant le cubain ne faisait pas là preuve d'extra lucidité : il était habitué à fuir les autorités et avait accompli passablement de coups fumeux à Scopar et ses environs, dont notamment des transports de drogue ou d'arme. Parce que le loup était le meilleur spécialiste des missions délicates que lui confiait toujours Crystal lorsque la meute avait besoin d'argent rapidement. Elle savait qu'elle pouvait compter sur ce formidable ancien baron de la drogue. Formé à l'école cubaine, Guerrero avait sévi dans les années soixante sur l'île. Et si Crystal l'avait choisit pour qu'il devienne son « fils », c'était parce qu'elle avait été bluffée par son culot, sa force et son intelligence quand il s'agissait d'effectuer un mauvais coup. D'autant que l'homme était également un combattant émérite puisqu'il était aussi militaire.
Quand les quatre loups parvinrent donc devant le grillage de la propriété, ils comprirent immédiatement que quelque chose clochait. Parce que de nombreuses voitures de police étaient stationnées devant le bâtiment principal. Manifestement il se passait quelque chose d'anormal. En vérité, si les gendarmes se trouvaient actuellement dans le manoir, ce n'était que pour une raison bien naturelle : un proche s'était inquiété du long silence de la top model qui résidait en ces lieux. Cela faisait tout de même quatre longs mois que Kate Pic n'avait plus donné de nouvelle. Tout le monde savait qu'elle s'était retirée des podiums et qu'elle souffrait de graves problèmes psychologiques à force de fréquenter un milieu où la cocaïne circulait aussi aisément que l'argent. L'ami en question était un de ses anciens amants qui, en mal de conquêtes, s'était subitement remémoré les doux instants passés en sa compagnie. Du moins ils n'avaient de doux que l'appellation, puisqu'en fervente adepte du sado-masochisme, cette chère Kate avait davantage fait passer des moments douloureux à son esclave préféré. Mais comme il se trouvait que ce dernier était également un adepte de ce genre de plaisir violent, il était normal qu'il ait particulièrement apprécié les bons soins de sa partenaire.
Un policier était donc venu frapper à la porte de la top-model et face à son silence il avait pénétré dans la maison. Ce qu'il avait découvert dans la chambre l'avait marqué à vie. Et il n'était pas prêt de manger avant longtemps. Parce que le beignet qu'il avait avalé à midi serait assurément sa dernière pitance, pitance qu'il avait d'ailleurs rendue au moment où il passait le pas de la porte. Parce que la femme n'était plus qu'un corps en décomposition dévoré par les vers...
Narwick comprit immédiatement qu'il était dangereux de rester là et encore plus risqué de pénétrer dans la bâtisse afin de trouver un indice susceptible de le mettre sur la piste de la meute qui avait visiblement déménagé pour une destination inconnue. Peu importait pour le moment la raison de ce soudain départ, seul comptait le fait qu'il fallait au plus vite se remettre en route. L'ex-bibliothécaire pensait bien que Crystal n'aurait jamais quitté son repaire sans lui laisser une piste afin qu'il la retrouve ailleurs : elle avait bien trop besoin de ce qu'il était censé lui amener, à savoir Debra et ce qu'elle portait en elle. Peut-être même qu'elle avait prévu un messager pour lui, mais avec la présence policière et militaire il était impossible pour cet éventuel loup de demeurer suffisamment prêt du manoir afin d'intercepter l'expédition de Narwick. D'ailleurs Fred n'avait flairé aucun lycanthrope dans les vingt kilomètres à la ronde. Et d'habitude son flaire ne le trompait pas. Du moins pas avant l'incendie comme nous l'avons déjà dit.
Alors où aller ? Quelle nouvelle direction choisir ? Admettant qu'il fallait réfléchir avant de partir n'importe où, Narwick ordonna à Guerrero de sortir de la ville et de s'arrêter au premier motel qui se présenterait à eux. Peu importait les autorités, ils ne craignaient personne. Parce qu'ils étaient encore les plus puissants des prédateurs.